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Littérature chrétienne

De la vrai imitation de la vie austère de Jésus-Christ
Maître Eckhart

Ce peut être pour quelqu'un un motif d'angoisse que le comportement de Notre-Seigneur Jésus-Christ et aussi des saints a été tellement austère et pénible, et qu'on n'est pas soi-même aussi fort ni ne se sent particulièrement poussé vers une telle austérité ! Et quand les gens se trouvent en cela si déficients, ils s'estiment être à je ne sais quelle distance de Dieu, comme s'ils ne pouvaient pas le suivre. On ne le doit pas ! ni pour cause de défaillance ou de faiblesse ni pour aucune autre raison. Car même en admettant que de graves manquements t'aient repoussé loin de Jésus-Christ en sorte qu'il te soit impossible d'en être proche, tu n'en dois pas moins t'approcher de Jésus. C'est une erreur fatale pour l'homme de mettre une distance entre lui et Jésus-Christ. Car si l'homme peut bien s'éloigner ou se rapprocher de Jésus-Christ, Jésus-Christ, lui, ne va jamais loin, il se tient toujours à proximité, et s'il ne peut rester à l'intérieur de nous il ne va pourtant jamais plus loin que devant la porte.
  Et voici maintenant ce qu'il en est de l'austérité de l'imitation. D'abord il faut que tu comprennes clairement dans quel but Dieu t'avertit de façon si instante . Car comme l'a dit saint Paul : " Tous les hommes ne sont pas appelés à Dieu sur un seul chemin ! " Si donc tu trouves ton chemin le plus proche ne passe pas par beaucoup d'oeuvres extérieures ni par de grandes peines et privations - en lesquelles d'ailleurs il n'y a tout simplement rien du tout de grand, à moins qu'on ne s'y sente particulièrement poussé par Jésus-Christ et qu'on ne soit capable de les exécuter sans s'égarer dans sa vie intérieure - si tu ne trouves rien de tel en toi, reste tout à fait en paix et ne t'en occupe pas davantage !
Tu pourrais dire : " Si cela n'a pas d'intérêt, pourquoi donc nos prédécesseurs et beaucoup de saints l'ont-ils pris en si grande considéraion ? "
  Réfléchis : Notre-Seigneur Jésus-Christ leur a donné cette voie, mais aussi la force requise pour la suivre jusqu'au bout sans trébucher : c'est par elle qu'ils devaient parvenir à leur salut. Mais Dieu n'a pas lié le salut de l'homme à une manière de faire particulière : ce que l'une accomplit, Dieu a donné le même pouvoir de l'accomplir à toutes les autres bonnes méthodes, il n'est refusé à aucune ! Car un bien n'est pas contre l'autre. Par là les gens devraient aussi comprendre combien ils ont tort quand par hasard ils font la connaissance d'un homme remarquable, mais qui ne partage pas leur façon de voir ou entendent des récits sur son compte, - alors ils disent : tout cela est peine perdue ! Parce que sa méthode ne leur plaît pas, aussitôt il faut aussi que sa façon de voir ne vaille pas grand-chose. Ce n'est pas juste ! On doit faire cas de la manière de faire des autres gens - cela aussi est un bon exercice ! - et ne mépriser celle de personne. Que chacun s'en tienne à sa bonne méthode et tire en elle toutes les autres et s'approprie aussi par leur aide leurs avantages. Le changement des méthodes a pour effet une façon d'être et une humeur instables. Ce que l'une peut te donner, tu peux aussi l'atteindre avec l'autre. Il est pourtant impossible que tous les hommes suivent un seul chemin ! Ceci est valable aussi pour l'imitation de la vie austère de certains saints qui ont été très durs dans leurs exercices de pénitence. Tu dois avoir une haute estime pour cette méthode, et elle peut bien te plaire sans que pourtant tu doives la suivre.

  Maintenant tu pourrais dire : " Notre-Seigneur Jésus-Christ, il avait pourtant assurément la plus haute des méthodes ; pour faire bien nous n'avons qu'à l'imiter toujours ! "
Parfait ! Nous devons bien entendu imiter Jésus-Christ. Mais pourtant pas dans tous les cas. Jésus Christ a jeûné quarante jours, personne sans doute n'entreprendra de l'imiter en cela. Il a fait beaucoup d'oeuvres pour lesquelles c'était l'imitation spirituelle et non littérale à laquelle il tenait ! On doit donc se donner de la peine pour examiner comment on peut le suivre raisonnablement. Car c'est plus sur nos intentions que sur nos oeuvres qu'il a jeté son filet. Nous devons toujours suivre son sens propre. Comment ? il faut en tout cas que tu y réfléchisses avec un soin particulier ! Comme je l'ai dit souvent : je tiens une oeuvre spirituelle pour beaucoup plus profitable qu'une oeuvre corporelle.
" Comment cela ? "
Jésus-Christ a jeûné quarante jours. Imite-le en te rendant compte de ce vers quoi tes penchants t'entraînent le plus facilement : là, renonce-toi et tiens-toi bien en garde. Cela te sanctifie davantage de te maintenir exempt de soucis que si tu jeûnais rigoureusement de toute nourriture. De même il t'est parfois plus pénible de refouler une parole que d'observer un silence complet, et il paraît parfois plus difficile de supporter une petite injure qui ne tire pas à conséquence, tandis qu'au contraire un coup dur qui vous arrive peut paraître léger à supporter. Il est plus pénible d'être seul parmi la foule que dans la solitude ; plus pénible de renoncer à des petites choses qu'à des grandes ; ou d'accomplir une oeuvre modeste qu'on tient pour significative.
  Ainsi quelqu'un peut bien imiter Jésus-Christ selon la mesure de sa faiblesse et n'a pas besoin, oui ne doit pas croire qu'il n'en a pas les moyens. - Naturellement tu ne dois pas être troublé dans ta méthode par des questions d'alimentation et de vêtements comme si ces choses faisaient partie intégrante de ton salut ! Mais habitue le fond de ton âme et ton coeur à s'élever au-dessus d'elles.
  " Et pourquoi ? "
  Eh bien ! ce serait pourtant une faible intériorité que celle que devrait aider l'habit extérieur : c'est l'intérieur qui doit aider l'extérieur ! Dans la mesure où cela ne dépend que de toi : mais, si une autre destinée t'échoit, tu peux aussi, du fond du coeur, la regarder comme bonne, de manière à t'en accommoder, mais de manière aussi à t'accommoder volontiers d'un destin contraire s'il t'était départi. De même pour la nourriture, les parents et amis, ou ce que Dieu peut par ailleurs te donner ou te prendre : je tiens toujours pour le mieux qu'on s'en rapporte magnanimement à Jésus-Christ, encore qu'il puisse répandre sur nous la honte, la peine et quelque souffrance que ce soit : que l'on accepte cela avec joie et gratitude et que l'on se laisse conduire par Jésus-Christ plutôt que de s'en rapporter là-dessus à soi-même.
De même, en toutes choses apprenez volontiers de Dieu et imitez-le, nous nous en trouverons bien ! Dans une telle disposition d'esprit on peut sans dommage recevoir honneurs et avantages : si seulement, quand maux et affronts s'abattent sur nous, nous étions disposés à les supporter volontiers aussi. C'est pourquoi ceux qui seraient tout aussi prêts et disposés à jeûner peuvent se permettre de bons repas avec la pleine conscience de ce qui est juste.

Ceci est sans doute la raison pour laquelle Jésus-Christ a pu parfois dispenser ses amis de la grande épreuve de souffrance, autrement sa fidélité illimitée ne pourrait pas du tout le permettre. Justement parce qu'il y a dans la souffrance une telle bénédiction et que ce n'est pas son genre de lésiner avec les bonnes choses : il se laisse, ici aussi, contenter par la bonne volonté ! Autrement il ne les ferait échapper à aucune souffrance ! Mais si Jésus-Christ s'en contente, sois-en satisfait aussi. Et si autre chose lui convient en ce qui te concerne, sois-en de même satisfait !
  Car intérieurement l'homme devrait être si uni à Jésus-Christ dans tout ce qu'il veut, qu'il ne devrait guère avoir à s'occuper préalablement de méthodes ni d'oeuvres. Et évite particulièrement toute particularité, que ce soit dans le vêtement, la nourriture, les discours, comme employer de grands mots ou des mines bizarres, par quoi on n'aboutit à rien. - Pourtant, tu dois savoir que toute particularité dans l'être ne t'est aucunement interdite. Il y a beaucoup de choses dont il faut parfois se contenter chez certaines gens. Car, qui est singulier, il faut aussi qu'il fasse souvent des singularités et de beaucoup de manières.
  Intérieurement nous devons donc à tous égards nous être incorporés en Notre-Seigneur Jésus-Christ, en sorte qu'on trouve en nous un reflet de toutes ses oeuvres, de toute sa forme divine : nous devons porter en nous dans une intimité aussi parfaite que possible toute son action. Or c'est à toi d'accomplir, à lui de recevoir : fais donc ton oeuvre du plus profond, du plus intime de ton être ! Accoutumes-y ton âme en tout temps jusqu'à ce que tu puisses dans toutes tes actions te refléter en lui.