Jésus JESUS-Dieu - SAINT JEAN DE LA CROIX

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Amour de Jésus
De la vrai spiritualité
Saint Grégoire Nysse
Evangile

CANTIQUE SPIRITUEL ENTRE L'ÂME ET JESUS-CHRIST SON EPOUX

L'épouse :
Où t'es-tu caché, Ami,
Toi qui me laissas dans les gémissements ?
Pareil au cerf, tu as fui,
M'ayant blessée, après toi
Je sortis, criant, et tu étais parti !

Pâtres qui vous en irez
Là-bas, jusqu'au somment, par les bergeries,
Si vous voyez d'aventure
Le Mieux-Aimé, dites-lui
Que dolente suis et peineuse et mourante.

En quête de mes amours,
Je m'en irai par ces monts et ces rivages.
Point ne cueillerai de fleurs,
Les fauves point ne craindrai
Et je passerai les forts et les frontières.

Ô forêts, sombres bosquets,
Qui fûtes plantés par la main de l'Ami,
Pâturage verdoyant,
Ô pré de fleurs émaillé,
Dites-moi s'il passa au milieur de vous.

Les créatures :
En répandant mille grâces,
Il a passé par ces bois en grande hâte;
Posant sur eux son regard,
D'un reflet de son visage,
Il les laissa tout revêtus de beauté.

L'épouse :
Las, qui pourra me guérir ?
Achève de te livrer sans feinte aucune.
Ne veuille plus désormais
M'envoyez de messagers
Qui ne savent me dire ce que je veux.

Mais comment peux-tu survivre,
Ô ma vie, en ne vivant pas où tu vis,
Quand déjà il te faudrait
Mourir sous el coup des flèches
De ce qu'en ton coeur tu conçois de l'Aimé ?

Que ne guéris-tu ce coeur,
Puisque c'est de toi qu'il a reçu sa plaie ?
Et me l'ayant dérobé,
Pourquoi le laisser ainsi
Et ne pas emporter le vol que tu fis ?

Eteins mes impatiences,
Puisque d'y mettre fin nul n'a le pouvoir,
Et puissent mes yeux te voir
Puisque tu es leur lumière,
Et c'est pour toi seul que je veux les garder.

Découvre-moi ta présence,
Que la vision de ta beauté me tue !
Qui pour l'amour est en peine
Guérir ne peut, tu le sais,
Qu'en présence du visage de l'Aimé.

L'époux :
Reviens, colombe,
Car sur le sommet des monts
Apparaît le cerf blessé,
Savourant la brise fraîche de ton vol.

L'épouse :
En mon Aimé j'ai les monts,
Les solitaires et ombreuses vallées,
Les îles prodigieuses,
Les fleuves au bruit puissant,
Le sifflement des vents porteurs de l'amour.

Notre lit est tout fleuri,
Environné de cavernes de lions,
Teint d'une teinture pourpre,
Edifié dans la paix,
De mille écus d'or portant une couronne.

Dans le secret du cellier
De mon Aimé j'ai bu et quand je sortis,
Parmi toute cette plaine
Plus ne savais chose aucune
Et je perdis le troupeau jadis suivi.

Là, son coeur il me donna;
Il m'apprit une savoureuse science.
Moi je me donnai vraiment
A lui, sans rien excepter
Et là je lui promis d'être son épouse.

Mon âme s'est employée
Avec son domaine entier à son service.
Je ne pais plus de troupeau,
D'autre office je n'ai plus,
Je n'ai plus d'autre oeuvre que celle d'aimer.

Que si donc au pré public
De ce jour nul ne me voit, nul ne me trouve,
Dites que je me suis perdue
Et qu'allant énamourée
Je me suis faite perdante et j'ai gagné.

D'émeraudes et de fleurs
- Moisson faite dans les fraîches matinées -
Nous tresserons des guirlandes
Que ton amour fleurira
Et qu'un de mes cheveux entrelacera.

Lorsque tu me regardais
C'est leur grâce qu'en moi tes yeux imprimaient.
Pour ce, tu me chérissais
Et pour ce, méritaient-ils,
Les miens, d'adorer ce qu'ils voyaient en toi.

L'époux :
Et l'épouse a pénétré
Dans le jardin charmeur qu'elle désirait.
Elle repose enivrée.
Tandis que son cou se penche
Appuyé sur les doux bras du Bien-Aimé.

L'épouse :
Cache-toi, mon doux Ami,
Vois - le visage tourné vers les montagnes -
Et veuille ne point le dire,
Mais regarde les compagnes
De celle qui va par les îles étranges.

Bientôt alors nous irons
Dans les cavernes très hautes de la pierre :
Elles sont si bien celées !
C'est là que nous entrerons
Et nous y goûterons le moût des grenades.

Et là tu me montrerais
Ce que mon âme désirait instamment
Et là tu me donnerais
Bientôt, toi qui es ma vie,
Ce que l'autre jour déjà tu me donnas :

Et c'est le souffle de l'air,
Le rossignol dans la douceur de son chant,
Le bocage avec ses charmes
Au sein de la nuit sereine,
Dans la flamme qui consume et plus ne peine...


Poème de Jean de la Croix, traduit de l'espagnol par le Père Lucien-Marie de Saint-Joseph