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DES OBSTACLES A LA VRAIE SPIRITUALITE
Maître Eckhart

Amour de Jésus
Jésus Epoux
Obstacles à la spiritualité
Saint Grégoire Nysse

Quand Jésus-Christ voulut quitter le monde pour aller à son Père céleste il dit à ses disciples : " Il vous est bon, il vous est très profitable que je vous quitte ; car, aussi longtemps que je suis avec vous, l'Esprit saint, le consolateur, ne peut venir à vous !" (Jean, 16, 7)
C'est avec ces paroles que Notre-Seigneur Jésus-Christ consolait ses disciples le jeudi après la Cène, car il savait bien qu'ils étaient troublés parce qu'ils avaient remarqué qu'il voulait prendre congé d'eux. Jésus ne peut supporter que ses bien-aimés soient préoccupés, et la crainte est toujours pénible. Saint Jean ne dit-il pas aussi : «L'amour chasse la crainte ?» Car l'amour ne peut supporter aucune peine auprès de lui. Plus, donc, l'homme croît dans l'amour, plus la crainte diminue en lui ; et quand il est consommé dans l'amour il n'y a absolument plus de crainte en lui. Naturellement au début d'une bonne vie, lors de la conversion, la crainte est profitable à l'homme : en tant qu'accès à l'amour. Alors la crainte traverse l'âme comme l'alêne le soulier. Comme celle-ci fait de la place pour le fil métallique, en sorte que celui-ci lie le soulier et non le fer, et comme, de même, la soie jointe au fil métallique a pour effet que le fil passe sans obstacle, et cependant que celui-ci coud ensemble les pièces de la chaussure, la soie reste au dehors : de même la crainte précède l'amour dans le coeur, et seul l'amour attache à Dieu, tandis que la crainte est chassée et poussée au dehors.
Mais abandonnons tout d'abord ce thème et occupons-nous de l'autre parole de Notre-Seigneur Jésus Christ que j'ai prononcée en latin : "Je m'en vais pour vous préparer une place." Ces paroles nous donnent lieu de remarquer deux choses que Jésus nous a montrées et prouvées par son ascension.

La première : que l'âme est par nature créée pour le ciel et que Dieu est son vrai héritage. Personne, que Dieu, n'était en état de créer l'âme. Dieu l'a créée sans intermédiaire. Quelques maîtres présentent comme possible que la lumière de la raison divine telle qu'elle a été infusée dans les anges - ou que l'archétype de toutes les créatures, tel que Dieu l'a constitué dans les anges avant qu'il ne prenne forme dans d'autres créatures - ils veulent que le reflet de la lumière divine dans les anges soit créateur de l'âme. C'est exclu ! l'âme ne peut supporter aucun trouble ni dégradation de l'action divine en elle. Mais tout aussi pure et tout aussi fraîche que celle-ci jaillit sans interruption de Dieu, l'âme elle aussi jaillit de Dieu. Dieu a conçu et créé l'âme si secrètement que personne en fin de compte ne peut savoir ce qu'elle est. Un maître l'appelle une " lumière " et dit bien. Car comme la lumière rayonne du soleil et se répand dans toutes les créatures, de même l'âme est créée sans interruption par Dieu. - Un autre maître dit qu'elle est un " esprit " et cela est également vrai de la manière suivante. Dieu est un esprit, or l'âme est formée sur le modèle de Dieu; on peut donc à juste titre l'appeler aussi un esprit; elle convient à Dieu comme l'esprit à l'esprit. - Un troisième maître a dit qu'elle était un "feu". Il dit vrai aussi quoique en figure. Le feu n'est-il pas parmi les éléments le plus haut par son essence et le plus puissant par son action ? Il ne donne pas de repos avant qu'il puisse atteindre le ciel. Il est beaucoup plus étendu et plus haut que l'air, l'eau ou la terre, il enferme tous les autres éléments en soi. C'est pourquoi il est le plus proche du ciel et fait sa révolution avec lui. L'air ne suit que partiellement, parce qu'il est, par rapport au feu, grossier. Quant à l'eau elle est encore plus grossière et pour cette raison inapte à le suivre; elle coule au contraire vers la vallée. C'est pour cette raison que l'âme est aussi appelée un feu : parce qu'elle suit Dieu par le désir comme le feu suit le ciel et qu'elle ne peut non plus jamais se reposer qu'en Dieu. Certaines âmes, par contre, sont d'une espèce plus grossière, elles suivent en partie, comme une partie de l'air se joint au feu. D'autres encore, comme l'eau, sont d'une nature tout à fait grossière et font cause commune avec la terre; ils ne peuvent aller avec Dieu mais s'écoulent. Quand ils voient ou entendent quelque chose de bon ils bouillonnent et s'émeuvent et voudraient bien être bons : mais de même que l'eau monte et s'enfle à nouveau et pourtant ne s'élève jamais, de même ces gens sont toujours en mouvemnent - et n'en restent pourtant toujours pas moins hors du jeu ! - Un quatrième maître dépeint l'âme comme une "étincelle" de nature divine et céleste et cela s'accorde bien avec notre thème, en tant que l'âme appartient aussi par nature au ciel. Là où une motte de terre tombe, c'est en somme la terre (entière) qui tombe : elle montre que le lieu de repos de toute terre est le sol. Et là où une étincelle s'élève d'un feu, elle montre par là que le ciel est son vrai lieu de repos. Or nous avons envoyé une telle étincelle au ciel dans l'âme de N-Seigneur Jésus-Christ : celle-ci nous prouve que le lieu de repos de toutes les âmes n'est nulle part ailleurs que dans le ciel. Ce par quoi l'âme appartient donc entièrement au ciel. Mais le corps est fait des quatre éléments, et son lieu de repos est par nature sur la terre. Or l'âme est si totalement uni avec le corps qu'ils doivent rester ensemble éternellement : et pourtant le corps appartient à la terre et l'âme au ciel ! Là Dieu a trouvé un sage consul et est lui-même devenu homme et est monté au ciel par sa propre force. En lui nous avons ainsi envoyé au ciel une motte de terre terrestre et voici que par là la terre appartient en somme au ciel. Mais pour Jésus Christ le lieu de son repos n'est atteint que là où il est un avec son Père céleste. Car comme Dieu est trine dans les Personnes, de même il est un dans la nature divine et [ les Personnes ? ] n'ont qu'une essence, une vie. De cette manière N-Seigneur Jésus-Christ a préparé les choses pour que notre essence et notre vie soient éternelles : dans l'unité divine.

L'autre chose que Jésus Christ nous a montrée par son ascension est la manière dont nous devons nous préparer à le suivre.
Comme en effet, pour les quatre raisons indiquées, l'âme peut être décrite comme " lumière, esprit, feu " et comme une "étincelle" de divine et céleste nature, de même l'homme doit être élevé et préparé par quatre choses qui nous sont montrées d'une façon remarquablement belle en le seigneur Moïse. Il poussa son bétail dans un désert caché, et là, sur la montagne de Dieu, il vit brûler un buisson qui ne voulait pourtant pas se consumer. Et Moïse voulut s'avancer et voir le miracle. Alors, du buisson, Dieu lui parla et dit : « Ne va pas plus loin, mais retire tes chaussures ! » Figure par laquelle nous sont signifiés quatre bons enseignements par lesquels nous deviendrons prêts à suivre Jésus-Christ vers le royaume du ciel.

Le premier se rapporte au nom de Moïse. Car Moïse veut dire «celui qui est tiré des eaux». De même l'homme doit être retiré de l'agitation continuelle, de l'orageuse mer en furie de ce monde.

Le second. L'homme doit rassembler ses sens animaux et ses désirs charnels dans les puissances supérieures, spirituelles, de l'âme. A moins, en effet, que l'âme ne soit élevée et portée des choses terrestres aux choses célestes, le Saint-Esprit ne peut venir en elle ni y accomplir quelque chose. C'est au-dessus du temps et de l'espace, dans l'esprit, que Dieu doit opérer ses oeuvres divines; les choses temporelles et sans ordre sont un obstacle et une détérioration de l'influence divine. Quand la lumière divine se déverse dans des essences spirituelles, elle produit la vie, mais quand elle tombe sur des choses corporelles, elle s'éteint et disparait sans laisser de traces. Et c'est ainsi qu'il faut entendre la parole de N-Seigneur Jésus-Christ. "Il vous est bon que je vous quitte !" Ses disciples tenaient à lui comme à un homme qui était encore mortel. Or il n'y a pas de doute que Jésus Christ était plus noble que tout ce que Dieu a jamais créé ! Et s'il était déjà par sa présence un obstacle pour ses disciples, combien davantage doivent d'abord nous gêner d'autres choses auxquelles on tient et qui sont plus petites que Dieu ! Il faut donc que l'âme, si elle veut que Dieu suscite en elle son oeuvre divine, soit élevée au-dessus d'elle-même et du temps. Or saint Augustin nous enseigne d'une façon éclairante que l'on ne s'élève au-dessus du monde que par la connaissance et par l'amour, et sans elles on n'est « rien », et dans le monde.

Le troisième. Même si l'homme voit et connaiît l'action de l'amour divin il est pourtant impuissant, dans son corps, à s'y associer parfaitement : de même que Moïse vit brûler le buisson et néanmoins ne pouvait pas s'en approcher. Il le voulait pourtant ! L'amour consiste à se dépouiller de sa propre vie par la force de l'esprit.

Mais le quatrième, que tu dois, comme Moïse, « retirer tes chaussures », signifie que le désir, dans l'âme, doit être affranchi et arraché de toutes les choses périssables et éphémères.
"Car, si je ne vous quitte pas, dit Jésus, vous ne pouvez pas recevoir le Saint-Esprit !" Et cela vient de trois sortes d'empêchements par lesquels trois sortes de gens se laissent embarrasser.

Les premiers sont des gens enclins au péché qui se laissent arrêter par les créatures, en tant qu'ils en jouissent en dépit de Dieu, suivant leurs convoitises. Ces gens commencent à ne plus reconnaître les voies de Jésus Christ, car les créatures sont un chemin qui s'éloigne de Dieu. C'est d'elles que parle saint Augustin : "Maudits sont-ils car ils s'égarent sur les voies de Dieu ! " De ces gens je ne parlerai pas davantage, ils suivent leurs sens animaux et par là se séparent de Dieu. Mais on trouve aussi parmi eux des gens « de bien » qui consacrent trop d'application à leurs besoins et cherchent trop leur satisfaction dans le monde extérieur. C'est contre eux que Jésus-Christ dit : « Qui aime son âme (c'est-à-dire d'une façon corporelle) la perd; et qui haît son âme (ceux qui ne cèdent pas à leurs plaisirs et désirs inférieurs) il la garde dans la vie éternelle. » Du sacrement de mariage