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Amour de Jésus
Jésus Epoux
Obstacles à la spiritualité
Saint Grégoire Nysse

Le Temple de Jésus
Maître Eckhart

Nous lisons dans le saint Evangile que Notre-Seigneur Jésus alla dans le temple et se mit à jeter dehors ceux qui y achetaient et vendaient (Matthieu, XXI,12) et dit à ceux qui avaient des colombes à vendre : ôtez ça de là !
  Il donne par là à entendre sans ambiguïté qu'il veut que le Temple soit propre. Il explique : J'ai un droit sur ce temple et veux être seul dedans, en être seul maître !
Quel est donc ce temple où Dieu veut exercer puissance et maîtrise suivant sa volonté ?
C'est l'âme de l'homme qu'il a si bien créée et formée à son image. Comme nous lisons que Dieu dit : " Faisons l'homme à notre image et ressemblance ! " Et c'est ce qu'il a fait et créé l'âme de l'homme si proche de lui-même qu'au ciel et sur la terre rien n'est si pareil à Dieu que l'âme de l'homme ! Si donc Dieu veut que le temple soit propre c'est pour qu'il n'y ait aussi absolument rien d'autre que lui-même : parce que ce temple ne lui plaît vraiment que quand il est ainsi exactement adapté à lui-même, et qu'il ne se plaît réellement dans ce temple que quand il est seul dedans.
Or, remarquez-le bien : qui étaient les gens qui y achetaient et vendaient - et quels sont-ils encore ?
Comprenez-moi bien : je ne parlerai aujourd'hui absolument que des gens de bien, et pourtant je vais maintenant exposer ce qu'étaient, et sont encore, les "marchands" que Jésus poussa et jeta dehors - et il agit encore de même vis-à-vis de tous ceux qui achètent et vendent dans ce temple : il ne veut pas en laisser un seul de cette espèce ! - Voyez, chers enfants, tous ceux-là sont des marchands : qui se gardent des grosses fautes et seraient volontiers de bonnes personnes et font leurs oeuvres pour l'amour de Dieu, jeûnent, veillent, prient, et quoi encore, font des bonnes oeuvres de toute espèce : et pourtant les font dans l'intention que Notre-Seigneur leur donne quelque chose en échange ou leur fasse ce qui leur est agréable. Tous ces gens-là sont des marchands ! Tout à fait dans le sens vulgaire du mot. Car ils veulent donner l'un en échange de l'autre, veulent ainsi faire des affaires avec Jésus : et ils se trompent dans ce marché. Car tout ce qu'ils ont et peuvent accomplir, ils le donnent en vertu de Dieu. C'est pourquoi Dieu ne saurait être redevable à leur égard de rien du tout ni en dons ni en actions, à moins qu'il ne veuille le faire gratuitement de bon gré. Car ce qu'ils sont ils le sont par Dieu et ce qu'ils ont ils le tiennent de Dieu et non d'eux-mêmes. Mais ensuite Dieu ne leur est redevable de rien non plus pour ce qu'ils donnent et accomplissent, il peut tout au plus leur donner quelque chose volontairement - par grâce; mais non pas en considération de leurs actions ou de leurs dons. Car à vrai dire ils ne donnent pas du leur et n'agissent pas non plus par eux-mêmes. Comme l'a dit le Christ : "Sans moi vous ne pouvez rien faire." Ce sont de méchants fous ceux qui veulent ainsi faire les marchands avec Notre-Seigneur, ils entendent bien peu de chose, si ce n'est rien, à la vérité ! C'est pourquoi Dieu les jeta et les chassa hors du temple. Lumière et ténèbres ne peuvent subsister ensemble. Dieu est la vérité, il n'est en soi que lumière. S'il vient donc en ce temple il chasse l'ignorance et l'obscurité et se révèle lui-même par la lumière et par la vérité. C'est alors que les marchands sont chassés : quand nous devenons conscients de la vérité. Elle n'a nul besoin de la gent commerçante. Dieu ne cherche pas son avantage. Dans toutes ses oeuvres il est libre et dégagé et les accomplit par pur amour. C'est aussi ce que fait l'homme qui est devenu un avec Dieu : lui aussi se tient libre et dégagé dans toutes ses oeuvres et les accomplit par amour, sans un pourquoi, pour la seule gloire de Dieu et n'y cherche pas son avantage. C'est Dieu qui fait cela en lui !

Je souligne qu'aussi longtemps que l'homme cherche quoi que ce soit avec ses oeuvres, qu'il désire que Dieu lui donne quoi que ce soit, maintenant ou un jour, il est pareil à ces marchands ! Si tu veux une bonne fois t'affranchir de tous ces trafics de commerçants, fais tout ce que tu peux en bonnes oeuvres, honnêtement, à l'unique louange de Dieu : et n'en sois pas moins dégagé de tout cela comme quand tu n'existais pas. Tu ne dois rien vouloir avoir en échange ! Quand tu agis dans de telles dispositions, tes oeuvres sont inspirées et divines. Ce n'est que quand l'homme n'a que Dieu dans le coeur que les négociants sont vraiment chassés du temple.

  Bon ! Le temple serait donc par là purifié de tous les commerçants. Envisageons maintenant un point de vue plus élevé auquel nous conduit cet évangile. A l'exemple de ceux qui sont bien dans ces pures dispositions pour faire leurs oeuvres et pourtant sont empêchés d'arriver à leur but par le fait qu'ils restent encore et toujours occupés à trafiquer avec le monde fini : comparables en cela aux changeurs dont le Seigneur renversa les bancs et les chaises et à ceux qui vendaient des colombes. Il ne chassa pas ces gens, il ne les châtia pas durement : il leur dit presque avec bonté : "Mettez donc cela dehors !" Comme s'il voulait dire : ce n'est pas que ce soit méchant, mais cela cause du trouble et est préjudiciable à la cause ! Car encore qu'un pareil trafic ait été originellement entrepris par certains dans une bonne intention, il était pourtant déplacé et avait tourné par la suite en un mauvais usage de la convoitise plus qu'en un service du culte divin. C'est ainsi qu'il en est également de ces gens. Car bien qu'ils aien la meilleure intention, fassent honnêtement leurs oeuvres pour l'amour de Dieu et n'y cherchent pas leur avantage, ils ne s'acquittent pas moins de leur tâche d'une façon servile, prisonniers du temps et du nombre, de l'avant et de l'après. Avec de telles oeuvres ils font seulement obstacle à leur ascension jusqu'à la plus haute et la dernière marche, celle qui consiste à être aussi libre et dégagé que Notre-Seigneur Jésus-Christ : qui en tout temps se conçoit à nouveau, en dehors du temps, de son Père céleste et en manière de remerciement se réengendre déjà au même instant, sans trêve, dans la magnificence du Père, dans une dignité égale. C'est ainsi que l'homme devrait être aussi, l'homme qui voudrait devenir réceptif de la plus haute vérité et vivre en elle : sans aucun avant ni après, sans être gêné par toutes ses oeuvres, par toutes les images qu'il se représente, libre et détaché, et prêt en cet instant même à recevoir à nouveau le don de Dieu et l'en remercier en le réengendrant tout entier déjà dans le même trait de lumière, en Notre-Seigneur Jésus-Christ. Du Temple purifié